by Yambwa, Nziya Jean-Pierre
Published on: Aug 31, 2005
Topic:
Type: Opinions

Essai de qualification sur la justice dans le monde contemporain.
(DRAFT D'UN ARTICLE PUBLIE EN 2003 DANS UN JOURNAL DU CONGO D R.)



INTRODUCTION

Les guerres sont devenues monnaie courante. Elles font partie des scoops médiatiques. Les bonnes nouvelles sont, par contre, des divers et laissent place aux mauvaises pour alimenter les agences de presse. Et cela pour le seul besoin d’une démonstration cinématographique. La violence est devenue une expression de malaise et d’intolérance. Elle fait aussi bonne fortune dans la presse. Tout se passe dans ce siècle comme si tout le monde chérissait le Hitchcock, les films d’horreur. Les armes ne sont pas seulement un instrument de dissuasion ou de défense mais un véritable démon de démolition. En une seconde, l’humanité est à mesure de disparaître sous la seule détonation d’une arme. Même si les guerres et les mauvaises nouvelles sont devenues les plats préférés de presse, souvent servies par les agences de puissances occidentales, cette fois-ci ce sont les Etats-Unis en personne qui se regardaient comme dans un film en tant que victimes.



Le 11 septembre 2001, nous avons eu droit à une démonstration en direct d’une des pages les plus médiatiquement sanglantes des Etats-Unis. La superpuissance, les Etats-Unis, a été frappée de plein fouet au nerf de ce qui faisait sa puissance et son orgueil. Le symbole de sa sécurité a été aussi soufflé. Est-ce une révélation du tendon d’Achille du maître du monde ? Si la maison blanche avait été atteinte, il y aurait eu sabotage institutionnel le plus grave du monde contemporain.



Dans ce travail, nous voulons parcourir ce phénomène. Nous voulons faire une lecture honnête et non passionnée de ce phénomène qui révèle un cri pour un monde plus juste. Un monde cosmopolitique où les vertus sont cherchées dans le dialogue et dans la vérité politique. En décriant le terrorisme à plusieurs facettes du monde contemporain, nous proposerons aussi des voies pour que le monde international devienne une communauté internationale.

1. EFFORT DE COMPREHENSION.



Le terrorisme est une violence exprimée de manière publique au cœur d’un lieu public et dont l’auteur ne veut dévoiler son visage. Le terrorisme est une violence secrètement planifiée, motivée par un idéal bafoué, par un tiers, que l’on veut restaurer, exécutée sous un visage couvert. Il a pour but d’inspirer terreur, peur et insécurité quand bien même il n’y aurait pas guerre. Le terrorisme, puisqu’il ne dévoile pas en public sa face, inspire insécurité dans le quotidien de la vie et de ce fait l’on ne sait le combattre directement.

Le terrorisme est donc une forme perfectionnée et idéalisée de la violence et à la fois lâche. Le terrorisme est toute action violente contre la liberté, la justice et l’intégrité de la personne humaine. Il est aussi action violente contre la tolérance, le dialogue, la démocratie. Il est toute action violente contre ce qui est humain, ce qui fait de l’homme un être moral et voué à la perfection de son espèce. En ce sens, nous pouvons distinguer le terrorisme religieux, politique, économique, intellectuel, social, …

Le terrorisme religieux est une action violente contre quelqu’un ou contre un groupe à cause de l’intolérance. C’est une intolérance religieuse qui s’exprime par l’imposition violente d’une croyance religieuse. Les croisades chrétiennes et la Djihad en sont l’expression les plus célèbres.

Le terrorisme politique est toute action d’un Etat tiers ou d’un groupe revendiquant une hégémonie politique Cette action empêche un autre Etat de prendre sa destinée nationale en mains. Il s’exprime par une volonté de contrôle politique, d’un impérialisme politique. Ce terrorisme consiste à minoriser un peuple de manière telle qu’il lui soit difficile de prendre sa destinée en mains et de dépendre pour toutes ses décisions d’un parrain.

Le terrorisme économique est intrinsèquement lié au terrorisme politique. Car il est action méchante empêchant tout autre individu ou Etat d’être à mesure de se suffire matériellement. Il est une action sournoise et méchante contre la justice économique. Il consiste littéralement à privatiser les marchés de manière telle que les autres ne soient plus à mesure d’écouler leurs produits. Il rend la productivité individuelle nulle et en même temps accroît la dépendance matérielle. Il conduit à une servilité matérielle, gage d’un sous-développement orchestré, organisé, planifié et surveillé.



DEUX ELEMENTS-CLES


Le terrorisme a deux éléments clés. Le premier est l’usage de la violence ou de l’action violente. La violence est tout ce qui enfreint et viole la détermination individuelle et, à la première personne, de quelqu’un. Il consiste en une intrusion forcée pour obtenir un avantage, une opinion, une récapitulation. La violence peut être sournoise. En ce sens, elle s’adresse par des moyens subtils à corrompre l’esprit de quelqu’un sans même qu’il ne s’en rende compte, sans même qu’il ne se rende compte de l’aliénation volontaire à laquelle il est entrain de consentir. L’exemple le plus frappant de cette violence est la technique chrétienne d’évangélisation qui a été pratiquée en Afrique. Elle a consisté, d’une part, à offrir « les peuples africains » par bulles pontificaux à l’exploitation des superpuissances d’antan : le Portugal et l’Espagne pour une exploitation. Ensuite elle a consisté pour les missionnaires à faire table rase, dans une violence culturelle, de tout le patrimoine religieux africain afin d’amener les autochtones au christianisme. Tout cela sous peine de contrainte civile de la part de l’administration civile ! Et en donnant au peuple local un sentiment d’être sur la voie de civilisation.



La violence peut être ensuite armée. Elle consiste à l’emploi des mines, des explosifs ou des armes qui élimineraient physiquement des personnes, qui détruiraient des édifices ou des biens matériels.



Le deuxième élément clé est la peur et l’indistinction. Le terrorisme est un cri de cœur qui attend inspirer peur et terreur dans le peuple. Il ne consiste pas à changer directement un ordre politique. Il consiste plutôt à engendrer l’insécurité, la peur dans les esprits et dans les cœurs des adversaires et du peuple qui se sentiraient fragiles vulnérables sans savoir, sans être à mesure d’identifier les adversaires ou des perpétrateurs de la violence.









VALEURS IDOLES


Poser la question du terrorisme s’inscrit dans une étude de la réclamation des valeurs que servent les Etats et les individus. Le terrorisme est un mal. Quelqu’en soit le prétexte ! Condamner le terrorisme ne signifie pas canoniser la victime de l’action terroriste. Car les dits Etats libéraux sont ou peuvent d’une manière ou d’une autre les propres agents causeurs des inimitiés arborées par les terroristes. Des questions peuvent surgir. Les Etats dits libéraux ou démocratiques ont-ils réellement changé ou bradé le respect de la vérité à la ruse au, le respect de la loi à la violence, le respect de consciences à la propagande, les valeurs libérales au realpolitik ? La réalité, la vérité sur terrain ne crie-t-il pas que la ruse, la violence, la propagande, le réalisme sans principe travaillent dans les pays occidentaux sous couvert des principes libéraux ? Tout laisse croire qu’il y a mystification libérale pour justifier les plus grandes atrocités. Les arabes terroristes se réclament d’un acte pour gagner le paradis. L’Angleterre et les autres Etats européens ont prétexté la civilisation morale pour exploiter les colonies. Le respect de la loi et de la liberté sert à justifier e bombardement de l’Afghanistan ou le développement de l’empire américain au Moyen Orient et en Afrique. Que vaut notre société actuelle ? La question ne peut être résolue que par l’examen des relations entre nos Etats et entre les races actuellement. Que faisons-nous à l’intérieur de nos Etats ? Que faisons-nous en dehors de nos Etats ? La pureté de nos intentions se vérifie à la qualité de nos relations, aux liens humains qui se tissent entre nous et entre nos Etats. Quel en est actuellement le taux ?

Nous le savons un régime nominalement libéral peut être réellement et littéralement oppressif. Poser la question du terrorisme ne doit pas être fait au niveau de principe, sur le terrain de principes mais sur celui des relations humaines. Nous ne devrons plus chercher si le terrorisme a raison ou s’il respecte les règles libérales. La réponse est claire. Mais qu’est-ce qui fait que le terrorisme ait tant des supporteurs tacites ou non tacites comme ces jeunes palestiniens que nous avons vu jubiler à la télé à l’annonce de l’attaque des Etats Unis ?

Le terrorisme révèle-t-il la recherche d’un dépassement vers l’avenir humain par le biais de la violence ? Karl Marx proposait la violence prolétarienne pour fonder une nouvelle humanité. La politique marxiste devait être totalitaire et dictatoriale. L’on ne devrait pas attaquer le terrorisme par un autre terrorisme. Car à quoi bon attaquer quelqu’un qui est en situation de désespoir pour qui la mort a plus de prix que la vie ? Les situations de désespoir total produisent des fanatiques amoureux de la mort. Alors que l’homme comblé a besoin de sa vie pour jouir de ses biens, les riches du monde civilisé veulent jouir de leurs richesses. Les riches doivent donc s’attaquer aux racines du mal actuel. Cette attaque positive suppose une politique de développement économique équilibré. Les Etats Occidentaux doivent arrêter de fonder leur croissance sur le terrorisme économique.







EXAMEN DES VERTUS.


4.1. ATTAQUE DE LA LIBERTE.



La violence contre la liberté est un terrorisme. Mais que veut dire liberté ? « La vraie liberté prend les autres où ils sont, elle cherche à pénétrer les doctrines même qui la nient et ne se permet pas de juger avant d’avoir compris [1]» La liberté n’est pas l’apanage d’une société ni d’un Etat. Elle n’est pas l’apanage d’une classe d’hommes ni d’un type d’hommes. Elle est une poussée. Mieux elle est une dynamique intérieure à toute personne humaine. C’est une dynamique qui est aussi à la base constitution des sociétés en Etats. C’est la liberté qui nécessite la mise en société ou la constitution en Etats. L’appel de la liberté à la liberté exige de chacun, de chaque personne, de chaque Etat de servir la liberté des autres. Autrement dit il s’agit au nom de la liberté, de donner ce que l’on revendique, ce que l’on espère ou cherche. La liberté est ainsi une vertu intérieure à chaque personne humaine l’appelant à vivre son intégrité humaine et qu’en même temps elle invite chacun à offrir un champ de liberté, à s’ouvrir à l’exercice de liberté de la part des autres. La liberté réciproque n’est possible que dans un jeu de réciprocité, dans un jeu de dialogue, de collaboration dans les points de vue. Politiquement cela veut dire que chacun doit arrêter de considérer la politique comme une guerre. Concevoir la politique comme une guerre donne droit d’asile à la violence qui est vecteur du terrorisme. La liberté ne doit pas devenir le slogan d’une propagande.



4.2. ATTAQUE CONTRE L’INTEGRITE HUMAINE.



Nous ne prendrons pour définition de l’intégrité que celle de Kant : traiter l’homme en tant qu’une fin jamais comme un moyen. Traiter un autre comme une fin signifie qu’aucun projet humain ou social ne peut prendre l’autre comme un objet. Le principe d’intégrité pose l’homme comme un sujet de l’histoire, sujet de tout projet. Tout doit être au service de la personne humaine. L’histoire montre plusieurs affronts, plusieurs attaques, plusieurs terrorismes contre l’intégrité de la personne humaine. Le génocide arménien et le génocide rwandais en sont un exemple. La colonisation et l’esclavage[2] constituent la preuve la plus criante de la chosification de l’autre. Le racisme aussi est une déviation qui consiste à une sublimation fausse de sa propre origine ou race. Elle consiste en même temps à la minorisation de l’autre ne partageant pas sa couleur et ses origines.

La politique étant devenue une guerre à plusieurs facettes a changé de vocation et contribue énormément à la chosification de la personne humaine. Elle est devenue, avec l’économie sa sœur, un jeu des enjeux tacites, grossiers hors de toute morale.

La politique étant devenue manœuvre ne sert plus la personne humaine mais la manipule pour des « raisons politiques ». La politique ne doit pas être à la fois projet de paix et ruse de guerre. La ruse, le mensonge font de la politique un outil contre la personne humaine. La réalité d’une telle scène c’est que la ruse de guerre prend le dessus sur le projet de paix. Il est vrai qu’il y a du tragique dans la politique. Cette dernière est l’art de gouverner. Or gouverner c’est prévoir. Donc le politique ne peut s’excuser sur l’imprévu. Or il y a de l’imprévisible. Nous devons éviter la régression de la pensée politique en en faisant un instrument de guerre et un bellogène. La guerre même si elle est poussée par des idées honorables, ses moyens ne le sont pas. Mais pour que la politique devienne saine il faut une volonté à haut risque et un effort concerté entre Etats.



4.3. APPEL A LA JUSTICE.



Il est malheureux que l’adage selon lequel la justice est celle du fort soit réelle. Réel ne veut pas dire vrai. Examiner le terrorisme c’est en même temps crier pour la justice. A une différence. Ce n’est pas chercher la justice du fort mais la justice à l’humanité, le gain de cause de la raison.

Examiner le terrorisme ne consiste pas à le questionner en lui-même. Ce serait une voie. Ici, nous voulons le questionner dans la logique d’une situation générale ou internationale. Il y a des violences qui sont d’une nécessité historique. L’on ne devient pas terroriste par science. Il n’y a pas au monde une académie pour cela. L’on devient terroriste comme révolutionnaire par indignation : « La science vient ensuite remplir et préciser cette protestation vide[3] ». Peut-on avantageusement réfléchir sur la vie si l’on en est exclu ?







UNE SOCIETE INTERNATIONALE EN CRISE.


La violence est certes inhérente à la condition humaine. Elle est immanente à la nature humaine. Déjà Héraclite de son temps trouvait que Polemos était le père de tout. Il originait tout l’être et les actions de notre existence.

Il se pose actuellement une réelle nécessité pour un travail de jonction entre les idéaux de notre société et la pratique d’être internationale. La communauté internationale est bâtie sur les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité entre les citoyens et entre les peuples. Il est donc impérieux que nous luttions afin de ne pas faire advenir et faire croître l’inégalité, la violence et l’inimitié. La communauté internationale ne peut indéfiniment ignorer, dans ses pratiques quotidiennes, des principes qui fondent son institution et qui devrait guider son fonctionnement. Posons quelques jalons de notre communauté actuelle.





5.1. LA DIGNITE


La dignité humaine est le sentiment de la sublimation de l’individu reconnu comme personne morale, c’est-à-dire capable d’actions et fondé de capacité pour la recherche et la réalisation d’une fin. Elle est ensuite une reconnaissance d’une projection égale entre l’autre et moi-même. En ce sens, elle demande et exige une « responsabilité de profit ». La « responsabilité de profit » consiste à juger profitable pour soi-même de traiter l’homme conformément à sa dignité. Car si quelqu’un arrivait à ne pas traiter l’autre conformément à sa nature, il courrait de ce fait le risque d’être traité, à son tour, un jour comme une bête. Et personne n’aimerait être traité comme une bête ou comme un bois sec. Le monde ou la communauté internationale présente actuellement un réel tableau d’indignité : « La part du revenu mondial des 20% des pauvres du monde a baissé de 0,13%en 1980 à 0,07%en 1994, tandisque celle des 20%des plus riches est passée de 89,33%à 92,42% Dans le même ordre d’idées, le coefficient de Gini, qui exprime la répartition des revenus, est passé aux Etats-Unis de 0,35 à 0,40 entre 1980-81 et 1991-92, tandisqu’en Grande Bretagne elle est passée de 0,23 à 0,34 entre 1997 et 1991[4] » Cette situation engendre des frustrés dont le désespoir peut se transformer en humus de terroristes.



5.2. FONDER A NOUVEAU LE DROIT.



Le droit est la réglementation des droits humains selon la volonté commune de raison promouvant la justice et la vérité. Le droit est la combinaison des faits d’expériences des hommes et des cadres idéaux qui leur donnent formes et permettent de les mesurer pour les corrige ou pour les dépasser. La combinaison des expériences et des cadres idéaux est l’essence première du droit. La sanction n’est que disciplinaire. La positivité du droit n’est pas à proprement parler la constitution du droit mais sa socialisation. La positivité du droit a à se mesurer à la socialisation des membres de l’Etat en les amenant à intégrer les cadres idéaux dans les expériences sociales. La contrainte n’est qu’un instrument didactique.

Le nouveau droit international devra donc sortir du jeu des équilibres des intérêts économiques gloutons pour s’atteler au jeu de « responsabilité de profit » qui promeut l’équilibre social mondial pour éviter des poches des damnés, potentiels terroristes.



5.3. ALLIANCE PACIFIQUE OU CONFEDERATION D’ETATS.



La confédération d’Etats est l’union de tous les Etats dans un projet commun pour garantir la sécurité mutuelle et collective. Cette confédération n’est possible que si les Etats sont de nature égale. Etre de nature égale ne veut pas dire avoir un patrimoine économique égal. Mais il consiste à fixer devant les yeux le projet commun auquel l’on est appelé soi-même et collégialement avec les autres. Cela n’est possible que si les Etats sortent d’une conception belliqueuse de la constitution et de la finalité de l’Etat. Raymond Aron considère que la guerre a beaucoup de chances et est à la base du progrès des sociétés. Une telle manière de penser ne peut se constituer ou le peut très difficilement en norme universelle. Autrement dit, peut-on ériger en règle morale et politique que les différents Etats du monde peuvent ou doivent se faire la guerre pour survivre ? Cela ne voudrait-il pas dire que ce serait une régression animale à laquelle nous serons entrain de souscrire ? La confédération est un supplément de pacte social entre les Etats pour permettre à chacun de vivre conformément à la règle a priori de la raison faisant de l’Etat de paix un devoir absolu.



« Au tribunal de la raison, il n’y a qu’un seul moyen de tirer les Etats de cette situation turbulente, où ils se voient toujours menacés de la guerre, savoir : de renoncer, comme les particuliers, à la liberté anarchique des sauvages, pour se soumettre ) des lois coercitives, et former ainsi un Etat des nations(civitas gentium ) qui embrasse insensiblement tous les peuples de la terre. Or comme les idées qu’ils se font du droit public les empêchent absolument de réaliser ce plan, et leur font rejeter dans la pratique ce qui est vrai dans la théorie, on ne peut substituer(si l’on veut pas tout perdre) à l’idée positive d’une république universelle que le supplément négatif d’une alliance permanenter, qui empêche la guerre et s’étende insensiblement pour arrêter le torrent de ces passions injustes et inhumaines qui menaceront toujours de rompre cette digue [5]».


5.4. HOSPITALITE UNIVERSELLE


L’alliance pacifique des Etats oblige le droit et le devoir de chaque Etat et e chaque citoyen du monde à la pratique de l’hospitalité universelle. Le droit à l’hospitalité universelle est le droit qu’à chaque personne au nom de la confédération d’Etats, chemin vers la constitution cosmopolitique, de ne pas être traité en ennemi. En pratique, il s’agit pour le national de ne pas agir hostilement contre quelqu’un tant que ce dernier n’a pas offensé la personne. C’est le droit « qu’ont tous les hommes de demander aux étrangers d’entrer dans leur société, droit fondé sur celui de la possession commune de la surface de la terre dont la forme sphérique les oblige à se supporter les uns à côté des autres, parce qu’ils ne sauraient se disperser à l’infini et qu’originairement l’un n’a pas plus le droit que l’autre à une contrée [6]».





5.5. LE DROIT POUR L’ETHIQUE


Le droit a pour vocation de moraliser l’individu et la société. Le droit a pour rôle de rappeler à l’individu de se souvenir de sa visée éthique contre laquelle la pratique quotidienne se bat. C’est le droit qui doit nous amener à une réforme morale et non pas à une régression morale. Il serait fort triste si le droit, fait de la raison, devrait amener ou collaborait à la régression morale. Ce serait un pur et dur terrorisme moral. Le droit comme élément moralisateur de la société suppose une purge de sa pratique actuelle. Il suppose et exige que la pratique politique se purge du manque de franchise dans le traité, de l’esprit de colonisation et de domination. Cela exige en plus que l’on sorte de ce que Régis DEBRAY appelle la « raison politique »[7] pour la raison morale[8].

La politique entendue comme un jeu animal ne doit pas se donner droit de veto de diriger les hommes. Qu’est-ce qu’une méthode animale pourrait-elle créer ou ajouter d’humain à des personnes à visée morale ? Le danger de « similis similes » n’est-il pas plus grand que celui de « similis contrarii »[9].

Le droit international pour une ère éthico-juridique doit être tout à fait différent de ce que nous avons toujours eu jusqu’alors. Son domaine devra être celui tracé par Patricia Buirette-Maurau :



« Le droit international(…) aura un domaine élargi : des Etats plus nombreux et divers. Il aura également un « contenu » différent : tout d’abord, « ’un droit de compétence et de procédure », on passera « à un droit établissant des réglementations de fond » ; de plus, ce sera un « droit soucieux des réalités concrètes » et beaucoup moins « abstraite ». Il s’agit de passer d’un droit marqué par l’abstraction et le formalisme à un « droit vivant » sensible à la réalité économique et géographique. Enfin le droit international prendra un sens nouveau : il devra avoir une « vision globale » non seulement et la totalité des Etats qu’il régit, mais aussi de l’ensemble des pays du monde. Cela permettrait « une démocratisation » de ce droit qui pourrait tendre à l’universel. Autre qualité que ce nouveau droit adoptera : « une humanité qui s’inscrira dans le temps. Car c’est le droit d’une société en mutation et non celui d’une société stable. Il épousera donc tous les changement et programmera l’avenir. En définitive, il s’efforcera de prendre en compte toutes les préoccupations sociales et économiques, et d’aider aussi à l’avènement d’un système facteur de progrès [10]».


CONCLUSION : IDIOTE CHIMERE ?


L'ordre juridique international actuel est le produit des atrocités de la deuxième guerre mondiale. Ce sont les vainqueurs d’hier qui ont mis sur pied l’organisation et l’ordre actuel. La deuxième guerre mondiale a débouché sur la Société des Nations qui plus tard deviendra l’O.N.U. Les Etats africains n’entreront dans l’O.N.U que douze ans plus tard en sortant d’une affreuse colonisation. Les indépendances ont consacré le principe de souveraineté et d’égalité des Etats. Cependant tous les Etats ont-ils les moyens politiques, économiques et culturels de leur nouveau droit ? Quand bien même ils les auraient, ont-ils été permis d’user de ce nouveau droit scriptural ? Les occidentaux qui ont accepté de voir les colonisés leurs ‘échapper ‘ l’ont-ils fait sans regret et surtout sans rancœur, c’est-à-dire en toute rigueur dans le respect fondamental de la dignité des colonisés et de la dignité telle que nous l’avons définie ? Dans quelle mesure et dans quelles conditions de vainqueur peut-il accepter de traiter d’égal à égal avec sa victime d’hier quand il sait qu’il peut encore lui nuire et prendre le dessus ?

Le terrorisme est un mal. Qu’il s’agisse de terrorisme d’attaque ou de défense.Le terrorisme est un cri de cœur dangereux pour la marche pacifique des Etats. Autant le sont l’injustice et la pauvreté. La communauté internationale s doit de s’attaquer aux racines du mal ; c’est-à-dire mettre sur pied une politique de développement économique équilibré entre les Etats, une politique de droit moral promouvant liberté, dignité et justice. Pour conclure, nous ne prendrons que le point de vue de Paul Valadier :



« Le terrorisme ne se développe vraisemblablement qu’en exploitant les lacunes de nos Etats de droit, les poches d’injustice, d’oppression ou de mépris des minorités qu’ils ignorent plus ou moins délibérément. Une tâche discriminante s’impose donc : de quoi le terrorisme est-il révélateur ? Cette tâche exige, non point que l’on brandisse la violence, mais que l’on invente les solutions adaptées à des conflits latents qui pourrissent dans l’ombre ou l’oubli. C’est seulement quand cette discrimination est opérée qu’une hiérarchisation peut apparaître, dévoilant la différence entre des attentats symboliques qui signent la faiblesse de nos démocraties, et ceux qui relèvent d’idéologues égarés(…) Dans un cas, la menace terroriste ne sera évitée que par des mesures sociales ou politiques portant remède à des situations génératrices de désordre ; dans un autre cas, il ne servirait vraisemblablement à rien de mobiliser ou de mettre en place un appareil répressif disproportionné par rapport aux « causes »[11].



BIBLIOGRAPHIE.



WEIL ERIC, Philosophie morale, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 1969, 222p.

GAMBLIN André (dir.), Images économiques du monde 1996-1997. Paris, Sedes, 416p.

Justifications de l’éthique. Actes du XIX è Congrès de l’Association des Sociétés de philosophie de la langue française. Editions de l’université de Bruxelles, 1984, 483p.



MERLEAU-PONTY Maurice, Humanisme et terreur. Essai sur le problème communiste. 4è édition. Paris, Gallimard, 1947, 206p.
VALADIER PAUL, Inévitable morale. Paris, Editions du Seuil, 1990, 221p.


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[1] Maurice Merleau-Ponty, Humanisme et terreur. Essai sur le problème communiste. Gallimard, Paris, 4è edition, 1947, p. XX.



[2] Engelbert MVENG, L’Afrique dans l’Eglise. Paroles d’un croyant, L’Harmattan, Paris, 1985, 228p. « La traite des Noirs représente notre annihilation anthropologique. Ce n’est pas seulement la négation de ce qu’on appelle aujourd’hui les droits de l’homme. C’est la négation pure et simple de notre humanité », p. 203. « La colonisation, au fond, est une nouvelle forme d’exploitation où le noir va être utilisé, non plus dans les plantations d’Amérique, mais dans celles de son propre pays (…) Le missionnaire se présente lui-même comme l’allié le plus sûr, le plus désintéressé, des puissances coloniales, dans cette nouvelle forme d’exploitation de l’homme africain », p. 205.



[3] Maurice Merleau-Ponty, Op.cit, p. 13.



[4] Edouard DOMMEN, Heureux anniversaire. Une analyse économique du mythe du jubilé dans Congo-Afrique N0335(mai 1999), p. 281.



[5] Emmanuel Kant, Projet de paix perpétuelle, p. 349.



[6] Emmanuel KANT, Projet de paix perpétuelle, p.350 in Oeuvres completes, Pléaide,



[7] Régis DEBRAY, Critique de la raison politique. Paris, Gallimard, 1981, 473p.



[8] Eric Weil par contre dit ceci : « La morale est réelle comme moralisation. Cela signifie que la première tâche, la seule si l’on tient compte de ce qui a été dit du rapport entre devoir envers autrui et devoir envers soi-même est de se moraliser, non pas de vouloir être moral et de rester immoral avec cette volonté, mais de devenir moral de plus en plus. Le devoir n’est pas l’ennemi de l’homme moralement éduqué, qui n’est pas l’esclave de la loi morale et pour lequel la raison n’est pas gêolière des intérêts, des passions, des penchants : pour cet homme, ses passions, penchants, intérêts devront être informés pour la raison », Philosophie morale, Paris, Librairie philosophique J.Vrin, 1969, 222p.



[9] Principe selon lequel, dans certaines conditionsm le semblable engendre le semblable et dans d'autres conditions le semblable produit un effet contraire.



[10] Patricia BUIRETTE-MAURAU, La participation du tiers-monde à l’élaboration du Droit international. Essai de qualification, Librairie Générale de droit et de jurisprudence, Paris, 1983, p.21.



[11] Paul Valadier, Inévitable morale. Paris, Editions du Seuil, 1990, p. 79





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